16.12.2011
Communication et insights : la dernière campagne Suchard
Depuis longtemps Suchard met le plaisir, la volupté, la transgression et la self-indulgence au centre de sa communication, un positionnement qui prend tout son sens dans l'univers alimentaire où les annonceurs doivent à la fois faire face à une communication appuyée des pouvoirs publics et des autorités sanitaires, mais aussi face à une relative banalisation de bien des produits. La toute dernière campagne pour les références Imagine et Prélude prolonge cette stratégie en intégrant néanmoins une dose d'ironie qui peut être risquée. Notre point de vue "insight"…
Suchard a désormais clairement ancré dans sa communication un traité fondé sur la volupté et la transgression. Qu'il s'agisse des toutes récentes campagnes sur Le 8 ("le huitième péché") ou plus spécifiquement celles portant sur le Rocher, Suchard joue sur la tension entre désir et sentiment de culpabilité. Le traité plutôt érotique s'adapte assez bien à la nature de cette tension. Un traité d'ailleurs également largement utilisé dans d'autres catégories comme les glaces. Avec cette nouvelle campagne à l'approche des fêtes de Noël, Kraft introduit une nouvelle dimension, la dérision ou l'ironie vis-à-vis de la catégorie tout en maintenant un positionnement transgressif.
Les affiches, visuels et textes
La campagne se décline en quatre visuels sur deux formats autour de deux références "Imagine" et "Prélude" au nom déjà plein de promesse. Les quatre sujets à la posture concupiscente sont présentés en noir et blanc sur fond sombre, la couleur étant apportée par la présentation du produit dans son pack. Quatre textes sont présentés et c'est là que la touche d'ironie est apportée (sous une forme élégante, en clin d'œil aux Leçons d'Aubade) :
- "Un chocolat pas seulement fait pour remercier d'avoir sorti pépette"
- "Le chocolat qui n'est pas seulement destiné à ceux que l'on voit qu'à Noël"
- "Le chocolat qu'on offre à sa jolie voisine plutôt qu'à sa belle sœur"
- "Un chocolat qui n'est pas réservé aux vieilles tantes au menton qui pique".
Il n'est probablement pas utile d'entrer dans le détail de chacun des messages, le positionnement général étant suffisamment clair : ce chocolat n'est qu'un chocolat pour les vieux.
Si l'on retire ces textes, la tension explicite que suggère la création est liée au désir matérialisé par la volupté des personnages s'apprêtant à dégusté un chocolat / fruit défendu par… la mention obligatoire "pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour, www.mangerbouger.fr". Tous les ingrédients de la tension sont bien là.
L'impact du texte
Les textes façon Aubade portent eux sur une toute autre dimension (tante qui pique, sortir pépette, etc…): une dimension sociale liée à la représentation de la consommation de chocolat, "le chocolat ce n'est pas fait que pour les vieux".
L'insight qui aurait pu être "j'aimerais vraiment déguster un bon chocolat, parce que j'aime m'accorder de vrais plaisirs, mais je souhaite en même temps faire attention à ma santé(ou "mais je ne veux pas abuser des bonnes choses)"… dévient "j'aimerais vraiment déguster un bon chocolat, parce que j'aime m'accorder de vrais plaisirs, mais le chocolat c'est un peu ringard".
L'introduction de ce traité ironique et social sur une thématique initiale liée à la puissance d'un désir personnel - presque charnel - vient de notre point de vue amoindrir la représentation de la tension de l'insight sous-jacent.
Hédonisme vs représentation sociale
Sur un ton assez direct et premier degré, Ferrero traitait lui la dimension sociale via une mise en scène statutaire, "les réceptions de l'ambassadeur". Toujours sur un traité "social", le positionnement actuel du Rocher Ferrero se veut afficher la valeur sûre et de bon goût, que l'on pourrait traduire par l'insight "j'aimerais pouvoir proposer à mes invités de bons chocolat, parce que je veux pouvoir leur faire plaisir, mais je ne suis jamais sûr(e) de la qualité des produits que je vais choisir". En d'autres termes... je ne veux pas avoir la honte de ma vie en offrant de mauvais chocolats ! Ferrero nous rassure et apporte la RTB par Ambassadeur interposé, campagne qui a enregistré une très forte notoriété et rémanence mémorielle. Le Rocher Suchard est lui sur le traité complémentaire du désir individuel et de la transgression hédoniste.
La traité humoristique autour d'"Imagine" et de "Prélude" apporte une combinaison entre hédonisme et représentation sociale extrêmement délicate à manier, qui de notre point de vue en diminue la tension par rapport aux autres campagnes Suchard, alors que l'exécution graphique nous semble tout à fait réussie.
Humour et désir ne sont pas toujours faciles à manier, et les "tantes qui piquent" sont rarement associées à de coupables et peccamineuses pensées (non, ne cherchez pas à les visualiser ;-)) …
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17:19 Publié dans Communication, Insight, insights consommateurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
J'apprécie beaucoup cette étude publicitaire. Je me suis posée pas mal de questions en voyant les affiches suchard, notamment sur le choix des modèles. C'est triste que cette marque de chocolat croit que les jeunes et bels gens voit le chocolat comme une transgreSsion et sont obsédé par leur ligne en refilant ça a leurs vieux pendant les fêtes. Non le chocolat ne représente pas ça du tout, plein de jeune se réconforte des difficultés de la semaine en se faisant un bon gâteau au chocolat ou même juste des crêpes au nutella. On adore le chocolat, on s'en prive pas comme ces mannequins maigrichons. Des suchards j'en ai mangé beaucoup toute seules, de ma propre initiative. On est dans un monde humain et gourmand! Zut... Pas dans ce monde fade et obsédé par le glamour que nous renvoit les médias et la pub. Moi j'aurais fait une belle pub en dégustant mon chocolat en sortant du boulot, naturellement. Eh oui, moi une petite étudiante de 23 ans avec toutes ses dents!et j'en connais plein d'autres qui n'ont pas peur du chocolat. Les publicitaires sont ringards, pas nous.
Écrit par : hanazade | 17.12.2011
intéressante analyse et rétrospective, mais... mais il y manque à mon avis la BASE qui est d'utiliser uniquement les femmes en référence (femmes sexy de la photo, vieilles femmes à laquelle ces chocolats ne sont pas destinés en exclu), utilisation une fois de plus des femmes (avez vous vu ces lèvres qu'on leur colle ? ou qu'on leur photoshope ?...) et de la référence à la vieille (à croire que les hommes ne sont jamais vieux ou bien ne sont pas aussi ridicules ou risibles lorsqu'ils le deviennent). La référence à Aubade que vous avez bien décrite, vient appuyer cela.
En fait je n'ai pas bien compris pourquoi Suchard voulait tellement prouver que le chocolat n'était pas un produit de vieux, le chocolat est il réellement perçu ainsi ? Les enfants mangent du chocolat, les jeunes aussi... bon clairement pas du Suchard, pas des "bouchées de chocolat", les jeunes vont aller vers les produits dérivés des barres chocolatées (type Celebration) et je n'ai pas l'impression que cette pub noir et blanc va tellement réconcilier les jeunes et les jeunes adultes avec le chocolat Suchard...
Je trouve justement que cette pub vieillit considérablement le produit. Elle l'esthétise clairement (en utilisant les codes Aubade) mais pour le reste...
Écrit par : emelire | 19.12.2011
... et pourquoi pas remplacer les vieilles tantes qui piquent par les vieux oncles qui pètent ou par les vieilles personnes qui puent ! comme cela la gamme complète sera à la fois éjectée et ridiculisée. Ce qui est certain c'est que les suchards ne finiront pas cette année dans tous les calebars, mais que tous les suchards finiront par y choir. Pauvres publicitaires et marketingaires en perte de repères.
Écrit par : FAURE | 19.12.2011
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